Santé : ce que contient le projet de loi Buzyn

Le texte, présenté mercredi en Conseil des ministres, prévoit la création de 500 hôpitaux de proximité et l’autorisation des ordonnances par mail. Le point sur le projet de loi d’Agnès Buzyn.

Chaque quinquennat enfante une loi chargée de restructurer le système de santé. Présenté mercredi en Conseil des ministres, le projet de loi Buzyn, qui comprend 23 articles et traduit une partie des engagements pris en septembre par Emmanuel Macron, devrait être examiné dans l’hémicycle à partir du 19 mars. « Nous espérons un vote définitif avant la rentrée 2019 », précise le député LREM Thomas Mesnier, urgentiste et rapporteur général à l’Assemblée. L’un des points forts de ce texte est la création d’un label « hôpital de proximité ». À terme, 500 établissements destinés à la prise en charge des soins courants – un dans chaque bassin de vie – devraient l’obtenir. Si la question des services inclus dans ces structures n’est pas tranchée, chacun d’entre eux devrait comprendre un laboratoire d’analyses médicales, des services de radiologie, de médecine générale, de gériatrie, et un Ehpad.

« Il n’y a ni fermeture ni création d’hôpitaux, mais une nouvelle organisation des soins qui impliquera parfois des fermetures de services et d’autres fois l’arrivée d’équipements modernes, argumente Thomas Mesnier. On adapte les moyens et les besoins tout en maintenant la qualité des soins. »

Un bon connaisseur du système ironise : « ça redonne de la noblesse aux hôpitaux locaux, c’est très malin. Et ça va permettre de dire à certains petits hôpitaux généraux qui faisaient de la chirurgie sans avoir d’équipe suffisante : “On arrête, mais on vous donne un label”. Ça leur permet à eux de sortir la tête haute et, plus globalement, de maintenir un maillage de service public. » À condition toutefois que l’autre pilier du futur système de santé, les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), censées organiser la médecine de ville, voient le jour. Pour l’instant, les négociations entre les libéraux et l’Assurance maladie sont difficiles.

Les pharmaciens ­soigneraient angines et petits maux

Second axe important du projet de loi : la réforme des études de médecine, avec la suppression du numerus clausus et du concours en fin de première année, ainsi que des épreuves permettant un classement national pour les futurs internes. « C’est un processus de long terme, défend Thomas Mesnier. L’idée est de former 15 % à 20 % de praticiens en plus. » D’autres mesures palliant la pénurie actuelle de blouses blanches pourraient être adoptées par voie d’amendements. Obsédé par l’idée de « gagner du temps médical », le rapporteur général se dit prêt, par exemple, à défendre l’idée que les pharmaciens soignent « une angine ou un petit problème du quotidien » ou que les kinés prennent en charge une entorse légère.

Enfin, plusieurs articles visent à faciliter le virage numérique actuel : gestion et élargissement des données de santé, création d’un espace numérique individuel rassemblant le dossier médical personnalisé et le carnet de vaccination. L’autorisation des ­e-prescriptions est également dans les tuyaux. « Les ordonnances envoyées par mail par certains acteurs de la télémédecine ne sont pas encore dans les clous, précise Thomas Mesnier. Elles sont juste tolérées. » Outre un gain de temps, la fin des ordonnances manuelles, y compris pour des produits dangereux comme la morphine, devrait permettre d’éviter des erreurs de lecture au moment de la délivrance des médicaments.

Anne-Laure Barret  Le Journal du Dimanche

 

1 réaction à l'article “Santé : ce que contient le projet de loi Buzyn

  1. En attendant, la désertification médicale est une réalité, en particulier dans les zones rurales. L’inégalité des citoyens face à l’accès aux soins est une réalité quotidienne : en 15 ans , un tiers des maternités a été fermé pour des raisons budgétaires, alors que le nombre d’accouchements est stable. Dans certains cas , il faut 1h30 de voiture pour aller à la maternité de niveau 3 le plus proche ! Il faut 80 jours en moyenne pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste et 50 jours en moyenne pour un cardiologue (études 2018 ministère de la santé – Drees).

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