Grand débat : et si on rétablissait l’indexation des retraites sur l’inflation ?

Chaque jour, dans le cadre du grand débat national, Le Parisien passe l’une de vos propositions au crible. Ce jeudi, la question de l’indexation des retraites sur l’inflation.

En marge du grand débat national organisé par le gouvernement en réponse au mouvement des Gilets jaunes, Le Parisien invite ses lecteurs à lui envoyer les propositions de lois citoyennes qu’ils souhaiteraient voir émerger. Chaque jour, une partie d’entre elles seront passées au banc d’essai par la rédaction.

Ce jeudi, nous nous penchons sur l’indexation des retraites sur le coût de la vie, c’est-à-dire sur l’inflation.Cette proposition revient très régulièrement dans les centaines de contributions que nous avons déjà reçues.

De quoi parle-t-on ?

En théorie, depuis 1987, les pensions de retraite du régime général évoluent au même taux que l’inflation, c’est-à-dire, selon le Code de la Sécurité sociale, « la moyenne des prix à la consommation, hors tabac, calculée sur les douze derniers indices mensuels par l’Insee ».

Pourtant, cette année, le Parlement a voté une augmentation des pensions largement inférieure à l’inflation (+ 0,3 % des pensions en 2019 pour + 1,8 % d’inflation constatée en 2018). Et le gouvernement compte faire la même chose en 2020 et en 2021 (+ 0,3 % pour les retraites alors que l’inflation prévue en 2019 est de 1,6 %). Mais il devra repasser l’an prochain : en décembre, le Conseil constitutionnel a censuré pour des raisons de forme la mesure pour l’année 2020, estimant qu’elle n’avait pas sa place dans un texte qui fixe le budget pour 2019.

Un retour à cette pleine indexation aurait donc pour conséquence, dans la conjoncture actuelle, une hausse immédiate du pouvoir d’achat des retraités.

Combien ça coûte ?

Selon les estimations du gouvernement et de différents experts, les économies visées par la sous-indexation en 2019 sont comprises entre 1,8 et 2,8 milliards d’euros. En annulant cette sous-indexation, c’est donc autant d’argent que cela coûterait à l’Etat.

Déjà testé ?

L’indexation sur les prix a été la norme en France depuis plus de trente ans. Avant 1987, les retraites étaient indexées sur l’évolution du salaire moyen, ce qui était bien plus avantageux pour les retraités, les salaires augmentant le plus souvent plus vite que les prix. L’indexation sur les prix est en tout cas un système que l’on connaît bien, tout comme ses effets pervers : si l’inflation est nulle ou quasi nulle, comme cela a été le cas entre 2014 et 2016, la pension des retraités est très peu revalorisée.

A l’étranger, de nombreux pays indexent les retraites sur l’inflation, mais le plus souvent seulement en partie, rappelle l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans son « Panorama des systèmes de pension 2017 ». Certains pays, comme l’Allemagne, la Belgique ou le Royaume-Uni, calculent l’évolution des pensions de retraite uniquement sur l’évolution du salaire moyen. Enfin, d’autres Etats ont mis en place une formule qui associe inflation, évolution des salaires et du PIB.

Qu’en disent les différentes familles politiques ?

Au Sénat, la droite avait rétabli l’indexation des retraites sur l’inflation lors de l’examen du PLFSS en novembre dernier, dénonçant « une ponction sur le pouvoir d’achat des retraités et des familles ». Mais l’Assemblée nationale, qui a le dernier mot sur les textes de lois, avait rétabli la sous-indexation à 0,3 % lors du vote définitif. La gauche défend également « le principe de revalorisation des retraites avec l’inflation ».

Alors, jouable ou pas ?

Techniquement, il n’y a aucune difficulté. « C’est une mesure très simple à mettre en œuvre car il s’agit juste de bouger un curseur », souligne le directeur de l’Institut des politiques publiques, Antoine Bozio, interrogé par le Parisien.

L’économiste ajoute que « c’est juste une décision politique » : « Le gouvernement a choisi de faire porter une grosse partie de l’effort sur les retraités. Factuellement, ce n’est pas forcément aberrant car le niveau de pauvreté est inférieur chez eux par rapport aux actifs, mais ça risque de fragiliser la confiance dans le système de retraites et dans les garanties qu’on veut donner aux futurs retraités. »

Le Parisien  Nicolas Berrod (@NicolasBerrod) 17 janvier 2019, 17h29 | MAJ : 17 janvier 2019, 23h15

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